Le jour de la Saint Louis de 1457, une légère équipée avait quitté l'enceinte de la chancellerie de Savoie pour un voyage diplomatique de courtoisie à travers les terres françoises. Celà faisait quelques jours maintenant que le cortège faisait son chemin à travers les campagnes paisibles bourguignonnes et savoyardes. Les éclaireurs ouvraient la marche quelques centaines de pas en avant du reste du cortège, et firent sonner le cor en voyant apparaître enfin à l'horizon les plus hautes tours de la cité des Ducs de Bourgogne, première escale du pélerinage.
Quelques pas en arrière sous un nuage de poussière, deux colonnes de hallebardiers de la garde ambassadoriale précédées d'une charette de vivres suivaient au pas cadancé ceux dont la mission dépendait, le chancelier Raoul et son excellence Hildegarde, la ravissante dame de Brison St Innocent, qui avait admirablement pris en charge la logistique de l'entreprise. Lorsque sonna le son du cor à leurs oreilles, les troupes furent gagnées par un regain d'optimisme, sachant le repos à quelques lieues seulement, et se remirent à chanter au rythme de leur marche jusqu'à leur arrivée prochaine en la capitale Dijon.
Messire Raoul, sis sur le dos de son fidèle Charon, portait toujours avec élégance certaine son haubert de maille sous son riche tabard de pourpre et d'or brodé, sur lequel rebondissait de manière ostentatoire un médaillon à la forme d'un dragon mordant sa propre queue. Il avait le sourire confiant ce jour là malgrès les deuils qui assombrissaient ses pensées, et il fumait sa pipe silencieusement, l'air distrait par les paysages qui s'offraient à lui depuis quelques temps, laissant s'échapper dans son sillage une fumée âcre et blanchâtre qui s'envolait vers les cieux lentement. Il jeta un regard complice à son ambassadrice lorsque la cité s'offrit à leurs vues, et éperonna sa monture pour rejoindre sans plus tarder les éclaireurs aux portes de la ville, ordonnant à la garde de préparer le camp en attendant leur retour.
Les diplomates accompagnées de deux cavaliers légers se présentèrent alors aux grilles qui restaient à passer...